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IA dans les entreprises : une adoption rapide, sans effet immédiat sur la productivité

La rédaction3 septembre 2026 · 17h54

Paris – Ihata avec AFP

L’intelligence artificielle s’installe rapidement dans les entreprises françaises, note jeudi une enquête de la Banque de France, qui observe toutefois une « forte hétérogénéité des usages » et des gains de productivité « encore limités ».

Plus des deux tiers des entreprises utilisent l’IA générative

Début 2026, plus des deux tiers des entreprises de plus de 20 salariés déclaraient utiliser « des outils d’IA générative », souligne la Banque de France, qui a publié jeudi son enquête, menée auprès d’environ 7.000 entreprises.

L’institution explique cette adoption rapide par une « barrière à l’entrée relativement faible, à la fois en matière de compétences techniques et de disponibilité des données ». L’IA générative peut être utilisée « directement par les salariés au travers d’outils standardisés » comme ChatGPT, ou « intégrés aux suites bureautiques », comme Microsoft Copilot, étaye la Banque de France.

L’IA non générative plus en retrait

L’IA non générative, c’est-à-dire l’ensemble des technologies conçues pour analyser, classer ou optimiser des données sans créer de nouveaux contenus — reconnaissance visuelle, traitement statistique —, est quant à elle plus en retrait.

« Elle repose souvent sur l’exploitation de données structurées et nécessite des capacités d’intégration plus importantes », explique la Banque de France. Son adoption dépend nettement de la taille de l’entreprise : seules 30 % des entreprises de moins de 50 salariés l’utilisent, contre 60 % des plus grandes entreprises.

Des gains de productivité encore limités

Malgré cette adoption rapide et large, les bénéfices économiques promis par l’avènement de l’IA dans les entreprises se font encore attendre : seul un tiers des entreprises constatent des gains de productivité.

« Les gains de productivité inégaux (…) décrits par les entreprises suggèrent une forte part des usages expérimentaux de l’IA » ainsi qu’une « intégration imparfaite dans les processus productifs », souligne la Banque de France.

« Les usages les plus matures de l’IA, à forte valeur ajoutée, sont encore restreints aux secteurs spécialistes du traitement de l’information », ajoutent les auteurs de l’étude.

Le manque de cas d’usage freine l’adoption

Dans les entreprises, l’usage de l’IA trouve une bonne partie de ses limites dans « le manque de cas d’usage » : la moitié des entreprises qui n’utilisent pas l’IA explique n’avoir pas encore identifié de tâches à accomplir grâce à cette technologie.

Les économistes ont des avis partagés quant aux gains de productivité induits par l’IA. Le prix Nobel d’économie Daron Acemoglu estimait dans une étude en 2024 qu’elle apporterait un peu moins de 1 % de croissance du PIB à 10 ans.

Un enjeu de compétitivité pour la France et l’Europe

Ces dernières années, le retard dans le numérique a été le « principal facteur du décrochage de la productivité française par rapport aux États-Unis », affirme une note publiée mercredi par la direction générale du Trésor.

« En France et en Europe, l’adoption des technologies numériques a été significativement plus lente qu’aux États-Unis, en particulier au sein des grandes entreprises et dans certains secteurs comme les services », expliquent les auteurs de la note. Aux États-Unis, 78 % des entreprises utilisaient déjà « au moins une technologie numérique avancée » en 2025, soit près de 20 points de plus qu’en France.

Pour le Trésor, « une moindre adoption de l’IA est un risque important », bien que « difficilement mesurable ». Sur le front des investissements, le prix Nobel d’économie Jean Tirole estimait jeudi sur France Inter qu’après avoir « négligé la Tech », l’Europe, aujourd’hui « quasiment absente » sur l’intelligence artificielle, est désormais faible et sans « les moyens de ses ambitions ».