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Monde

En France, les “go slow” transportent la drogue en toute discrétion

La rédaction13 juin 2026 · 10h31

Moins visibles que les “go fast”, les “go slow” utilisent des véhicules ordinaires et des profils précaires pour déplacer des stupéfiants, une méthode qui exploite la misère sociale selon douaniers, gendarmes et avocats.

À la sortie de l’autoroute A29, dans la Somme, la nervosité d’une jeune conductrice au volant d’une Peugeot 207 blanche attire l’attention des douaniers. Le contrôle révèle six pains d’héroïne et un sachet de cocaïne, soit environ 2,5 kg de drogues, placés dans un sac isotherme posé sur le siège passager.

Selon Christelle, cheffe de la brigade des douaniers d’Amiens, la jeune femme de 21 ans, inconnue de la justice, disposait de faibles revenus et avait contracté une dette auprès d’une organisation criminelle. Elle s’était vu promettre 700 euros pour transporter la drogue de Roubaix au Havre.

Des profils ordinaires et précaires

“La misère sociale est exploitée” par les réseaux de trafiquants, explique la douanière. Étudiants ou retraités précaires, demandeurs d’emploi, mères célibataires : les recruteurs ciblent “beaucoup de profils de M. et Mme Tout-le-monde” cherchant à arrondir leurs fins de mois.

Pour Me Sarah Mauger-Poliak, avocate spécialisée dans les dossiers de stupéfiants, les “toxicomanes endettés” ou les “jeunes sans casier”, qui “ne connaissent pas tout le réseau”, constituent aussi des cibles privilégiées.

L’avantage est important pour les trafiquants : une fois interpellées, ces petites mains “n’ont absolument personne à dénoncer”, car elles ont souvent été recrutées en ligne par des profils utilisant des pseudonymes.

Du “go fast” au “go slow”

Les “go fast”, ces convois visibles de grosses cylindrées chargées de drogues et roulant à vive allure, existent encore. Mais selon Me Guillaume Martin, avocat de personnes interpellées pour trafic de stupéfiants, ils ne sont plus l’apanage des réseaux.

“Maintenant, ce sont plutôt des +go slow+, des véhicules en dehors de tout soupçon”, observe l’adjudant Geoffrey, lors d’un contrôle à l’importante barrière de péage de l’A10, axe reliant la région parisienne à l’ouest du territoire.

Le capitaine Cédric Casseron, chef du peloton motorisé de la gendarmerie au péage de Saint-Arnoult, dans les Yvelines, cite des utilitaires, des camionnettes ou de simples véhicules légers. Au volant, les conducteurs cherchent à se fondre dans le flux de circulation.

La discrétion comme stratégie

Pour les enquêteurs, le défi consiste à repérer des signes parfois infimes : un rictus, un regard fuyant, une sueur inhabituelle. Les transporteurs amateurs sont rarement là pour l’adrénaline ; ils le sont surtout pour l’argent.

L’adjudant Geoffrey se souvient ainsi d’une étudiante à Sciences Po Paris, interpellée au péage au volant de sa voiture alors qu’elle transportait une importante quantité de drogue “pour payer ses études”.

D’autres sont repérés à la faveur d’un détail. Me Sarah Mauger-Poliak cite le cas d’un jeune contrôlé parce qu’il conduisait son scooter sans casque et trop vite, alors qu’il transportait 25 kg de cocaïne.

L’appât du gain et la vulnérabilité sociale

Dans le cas de Mélissa, prénom modifié, l’odeur de cannabis émanant de ses poches l’a trahie. La jeune femme de 22 ans a été interpellée début février alors qu’elle effectuait des livraisons de drogues à Paris, avec également de la cocaïne et de la 3MMC sur elle.

Au chômage et issue d’une famille endettée, elle a expliqué au tribunal correctionnel de Paris avoir été attirée par l’appât du gain et vouloir aider financièrement sa famille. Jugée en comparution immédiate, elle a été condamnée à dix mois d’emprisonnement ferme à effectuer sous bracelet électronique.

“Ce n’est pas la seule jeune de notre époque qui cherche l’argent facile, c’est tout à fait regrettable”, avait souligné son avocate, Me Sinem Paksut.

Avec AFP.