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États-Unis : tollé après la suspension des modèles d’IA d’Anthropic

La rédaction14 juin 2026 · 09h34

L’injonction du gouvernement américain à Anthropic de retirer ses modèles d’intelligence artificielle les plus puissants a provoqué une vague de critiques aux États-Unis, aussi bien chez les partisans de la dérégulation que chez les défenseurs d’un encadrement renforcé.

Vendredi soir, la start-up de San Francisco a annoncé que le ministère américain du Commerce lui avait ordonné de suspendre Mythos 5 et Fable 5, pour des raisons de « sécurité nationale », sans davantage de précisions.

À la différence de Mythos 5, décrit comme débridé et réservé à quelques partenaires, Fable 5 avait pourtant été fortement encadré afin de prévenir les détournements majeurs, notamment dans le domaine des attaques informatiques ou de la conception d’armes chimiques et biologiques.

Une coupure appliquée à tous les clients

Selon Anthropic, une organisation dont le nom n’a pas été rendu public a signalé à l’administration Trump avoir réussi à contourner les garde-fous censés empêcher l’utilisation de Fable 5 à des fins de cyberattaque. Plusieurs médias ont affirmé qu’il s’agissait d’Amazon.

La société a qualifié l’ouverture identifiée d’« étroite » et les failles logicielles mises en évidence de « mineures ». La directive visait l’accès des ressortissants étrangers, mais Anthropic a indiqué ne pas être en mesure de trier ses utilisateurs et s’est donc dite contrainte de mettre ses modèles hors ligne.

L’interdiction pure et simple, par un gouvernement, d’un modèle avancé d’IA développé par une entreprise nationale est présentée comme une première. La Chine bloque déjà l’accès aux modèles occidentaux les plus performants et impose des restrictions à ses propres acteurs de l’IA, mais ces contraintes sont intégrées avant la publication des modèles.

Une décision jugée « impulsive »

« Tous ceux qui conçoivent des modèles de pointe sont maintenant à la merci du gouvernement » américain, a commenté sur X l’entrepreneur Martin Varsavsky. Selon lui, la directive « ne sanctionne pas seulement Anthropic » : elle « change les règles pour toute l’industrie ».

Le chercheur Gary Marcus a, lui aussi, souligné la portée de la décision. « Jusqu’à hier soir, je ne voyais ni les États-Unis, ni la Chine gagner la course à l’IA. Je voyais un match nul », a-t-il réagi, estimant ne pas avoir prévu que le gouvernement Trump pourrait « déstabiliser les avancées américaines ».

Pour d’autres critiques, Anthropic porte une part de responsabilité dans la situation, après avoir alerté pendant des années sur les risques associés aux modèles les plus avancés. Son patron, Dario Amodei, avait encore appelé mercredi à « activer l’appareil politique, lent et instable » pour traiter des risques et opportunités liés à l’IA.

« Tout le marketing de Mythos a été basé sur la peur de la dangereuse puissance des modèles d’IA les plus avancés », a estimé David Casem, patron de la start-up Telnyx. Vendredi, selon lui, « le gouvernement américain les a pris au mot ».

Régulation, sécurité et accès

Plusieurs soutiens de Donald Trump, jusqu’ici très opposés au contrôle de l’IA, ont tenté de défendre la directive, dont l’investisseur Marc Andreessen ou l’ancien responsable de l’IA à la Maison Blanche, David Sacks. Mais d’autres figures du même camp, comme Dean Ball, ancien conseiller IA de Donald Trump, les ont accusés de malhonnêteté intellectuelle.

L’organisation Americans for Responsible Innovation, favorable à un encadrement de l’IA, a de son côté estimé que de telles décisions ne devraient pas être prises « de manière impulsive » ni relever du « favoritisme politique ».

Anthropic est en conflit avec l’administration Trump, qui a rompu tous ses contrats avec l’entreprise. Beaucoup reconnaissent que l’IA entre dans une nouvelle phase nécessitant davantage d’implication des gouvernements, mais la méthode employée a fortement déplu.

« Dans un gouvernement fonctionnel, on n’aurait pas pris par surprise de cette façon », a jugé Ben Murphy, de l’Institute for Progress. Selon lui, les autorités auraient pu demander à Anthropic de procéder à des tests supplémentaires et d’ajouter des contraintes avant le lancement des modèles.

Pour Mona Sloane, professeure à l’université de Virginie, l’accélération de l’IA et la concentration de l’influence entre les mains de quelques géants ont pris les gouvernements de court. À propos de la suspension de modèles par les pouvoirs publics, elle estime qu’« il est possible que nous voyions cela de nouveau ».

Avec AFP.