Actualité en continu · mar. 28 juillet 2026 · 14h36 Météo locale
ihata.ma
Version Beta
إحاطة
IA

Anthropic contrainte par Washington de suspendre ses modèles d’IA les plus puissants

La rédaction13 juin 2026 · 18h55

Le gouvernement américain a contraint Anthropic à suspendre l’accès à ses deux modèles d’intelligence artificielle les plus avancés, trois jours seulement après leur lancement. Washington invoque un risque pour la sécurité nationale, dans une décision décrite comme sans précédent.

Anthropic a annoncé vendredi la suspension de Mythos 5, sa version très restreinte, et de Fable 5, sa déclinaison bridée destinée au grand public, afin de se conformer à une injonction tombée dans la soirée.

Selon l’entreprise, l’ordre américain, pris au titre du contrôle des exportations, impose de couper l’accès à ces modèles pour « tout ressortissant étranger, à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis », y compris les employés étrangers d’Anthropic.

Une coupure appliquée à tous les clients

Faute de pouvoir trier ses utilisateurs dans des délais aussi courts, Anthropic a indiqué devoir « brutalement désactiver » les deux modèles pour l’ensemble de ses clients. Les autres modèles de l’entreprise restent opérationnels.

L’Union européenne, qui avait obtenu l’accès à Mythos au début du mois de juin après plusieurs semaines de négociations, a estimé que cette décision soulignait encore davantage « le besoin de souveraineté technologique de l’Europe ».

« Nous prenons note de la déclaration d’Anthropic et sommes en train d’évaluer la situation », a déclaré Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne. Bruxelles a récemment présenté des mesures visant à réduire la dépendance des Vingt-Sept vis-à-vis des États-Unis et de l’Asie pour les technologies clés, notamment l’IA.

Le précédent de la cybersécurité

Selon le média américain Axios, la directive émane du secrétaire au Commerce Howard Lutnick. Il aurait agi après avoir appris qu’une entreprise était parvenue à contourner les garde-fous mis en place pour ces modèles, réputés capables de détecter et d’exploiter des failles de cybersécurité avec une rapidité et une précision inédites.

Sollicité par l’AFP, le ministère américain du Commerce n’a pas donné suite.

« Nous contestons que la découverte d’un potentiel contournement justifie le rappel d’un modèle commercial déployé auprès de centaines de millions de personnes », écrit Anthropic, qui évoque un « malentendu ».

« Si ce standard était appliqué à l’ensemble du secteur, nous pensons qu’il mettrait essentiellement à l’arrêt tous les nouveaux déploiements de modèles » d’IA de pointe, ajoute l’entreprise, engagée dans la compétition mondiale face à OpenAI, Google et au chinois DeepSeek.

Régulation, sécurité et accès

L’affaire intervient alors qu’Anthropic milite depuis longtemps pour un encadrement public de l’intelligence artificielle. Dans un essai publié mercredi, son patron Dario Amodei plaidait pour un régime d’audits obligatoires des modèles les plus puissants, inspiré de l’aviation civile, qui donnerait au gouvernement le pouvoir d’en bloquer le déploiement.

Mais un tel cadre doit, selon l’entreprise, reposer sur une procédure « légale, transparente, équitable, claire et fondée sur des faits techniques ». La directive de vendredi « ne respecte pas ces principes », dénonce Anthropic.

« Je n’arrive pas à déterminer s’il s’agit d’un acharnement judiciaire (…) ou d’un excès de zèle sécuritaire. C’est tout simplement grotesque », a réagi sur X le chercheur Dean Ball, conseiller de la Maison Blanche sur l’IA jusqu’à l’été 2025.

« La sécurité et l’accès sont l’un comme l’autre des intérêts nationaux. Ce soir, un seul des deux a eu voix au chapitre », a déploré Vilas Dhar, président d’une fondation philanthropique consacrée à l’IA.

Un dossier déjà conflictuel avec l’administration Trump

Début juin, Donald Trump a fini par adopter un contrôle facultatif par le gouvernement des modèles les plus avancés, opérant un virage prudent de son administration, jusqu’ici dominée par les opposants à toute régulation, accusée d’être un frein dans la compétition avec la Chine.

Lancé mardi, Fable 5 est le premier modèle rendu public appartenant à la classe Mythos, la gamme la plus avancée d’Anthropic. L’entreprise avait dévoilé l’existence de Mythos début avril, mais en avait restreint l’usage à un consortium d’entreprises et d’institutions, le projet Glasswing, en raison de ses capacités potentielles dans les cyberattaques.

Fable 5 est bridé dans des domaines sensibles comme la cybersécurité et les risques d’attaque biologique et chimique. Sa version non bridée, Mythos 5, est réservée à environ 200 entreprises, organisations et agences étatiques, désormais choisies « en collaboration avec le gouvernement américain », selon Anthropic.

La sécurité, dont Anthropic a fait un argument commercial central, l’oppose déjà à l’administration Trump. Début mars, le Pentagone a rompu ses contrats avec l’entreprise, désignée comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement ». Anthropic, dont les modèles étaient les seuls accrédités secret-défense, a saisi la justice : elle affirme avoir été sanctionnée pour avoir refusé que son IA serve à la surveillance de masse ou à des armes autonomes.

Valorisée près de mille milliards de dollars, Anthropic a annoncé en juin avoir déposé son dossier d’introduction en Bourse, tout comme son rival OpenAI.

Avec AFP.