Villas sur pilotis, piscines à débordement et plages privées à prix cassés : confrontés à la baisse du tourisme international, plusieurs hôtels de luxe de Dubaï se tournent vers une clientèle locale, attirée par des offres devenues exceptionnellement accessibles.
Sur l’île artificielle Palm Jumeirah, symbole de l’opulence de l’émirat, les vastes halls des établissements cinq étoiles retrouvent un peu d’animation en fin de semaine et les jours fériés. L’affluence vient désormais surtout des habitants des Émirats arabes unis, Émiratis comme expatriés, séduits par des promotions inédites.
« Je n’avais jamais dormi dans un hôtel à Palm, parce que les prix étaient exorbitants », raconte Fadi Iskandarani, médecin libanais installé à Dubaï depuis cinq ans, qui vient d’y passer un week-end avec sa compagne.
L’ambiance n’était pas celle des grands jours, plusieurs étages étant fermés faute de clients. Mais grâce à un tarif réservé aux résidents, quatre fois inférieur au prix habituel, « le luxe à Dubaï est devenu abordable », se réjouit-il.
Une bouffée d’oxygène pour les palaces
Avec 19,5 millions de touristes en 2025, Dubaï s’était imposée comme l’une des principales destinations de la région. Ses 827 hôtels, dont 173 classés cinq étoiles, affichaient alors un taux d’occupation moyen supérieur à 80%.
Mais la guerre déclenchée le 28 février par Israël et les États-Unis contre l’Iran, et étendue dans le Golfe, a fragilisé l’image de stabilité de l’émirat.
Depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 8 avril, certains touristes sont revenus, mais la reprise demeure limitée, selon Michael Robinson, directeur de l’hôtel Anantara The Palm.
Avec ses villas sur pilotis, ses lagons artificiels et son décor inspiré de la Thaïlande, l’établissement attire lui aussi les résidents locaux grâce à des réductions pouvant atteindre 50%.
« Les week-ends, surtout le samedi soir, nous dépassons généralement les 90% d’occupation », indique Michael Robinson. Du lundi au jeudi, le taux retombe toutefois à 20 ou 30%.
Des séjours plus courts
Cette nouvelle clientèle constitue une respiration pour les hôtels, même si elle pose aussi des défis logistiques, notamment en matière de stationnement, les résidents venant majoritairement en voiture.
Elle ne remplace cependant pas totalement les touristes internationaux. « La grande différence, c’est la durée des séjours », souligne Michael Robinson. Les clients locaux viennent pour une ou deux nuits, tandis que les visiteurs étrangers restaient une semaine, dix jours, voire deux semaines.
Grâce aux « staycations », ces séjours locaux, l’Anantara The Palm affirme rester bénéficiaire sans avoir procédé à des licenciements.
Un modèle fragile à l’approche de l’été
La question est désormais de savoir combien de temps ce modèle pourra tenir. En juillet, avec le début des vacances scolaires et le départ de nombreuses familles de Dubaï pour l’été, la demande locale pourrait se réduire.
Certains établissements profitent déjà de la baisse d’activité pour fermer temporairement et lancer des travaux de rénovation, à l’image du Burj Al Arab. D’autres ont réduit les effectifs ou les salaires, notamment dans le centre-ville, plus dépendant du tourisme d’affaires.
Un employé d’un hôtel, non autorisé à s’exprimer publiquement, affirme à l’AFP que son salaire a été réduit de 40%. Un autre, travaillant dans un hôtel de luxe à Abou Dhabi, indique avoir été prié de prendre deux mois de congé sans solde avant d’être rappelé récemment.
Michael Robinson veut néanmoins croire à un rebond rapide. « S’il y a une forme d’accord dans les prochaines semaines, je pense que les touristes reviendront plus vite qu’on ne l’imagine », estime-t-il.
Source : AFP.
