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Économie

Formation continue : le CESE appelle à une réforme urgente dans le privé

La rédaction3 juin 2026 · 15h13

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) plaide pour une réforme urgente du système de formation continue dans le secteur privé. Dans un avis intitulé « La formation continue dans le secteur privé : une réforme d’urgence pour faciliter l’accès des travailleur-se-s et des entreprises », l’institution appelle notamment à la mise en place d’une instance nationale indépendante chargée du pilotage et de la gestion du dispositif.

Élaboré dans le cadre d’une auto-saisine et adopté par l’Assemblée générale du CESE lors de sa session du 25 mars 2026, cet avis dresse un état des lieux du système marocain de formation continue, en souligne les acquis, mais aussi les limites structurelles qui freinent encore l’accès des salariés, des travailleurs indépendants et des entreprises, en particulier les TPME.

Un levier encore trop peu accessible

Le CESE rappelle que la formation continue s’est progressivement imposée comme un outil important de valorisation du capital humain et de compétitivité des entreprises. Elle a notamment accompagné le développement de secteurs industriels stratégiques, dont l’automobile et l’aéronautique.

L’adoption de la loi n° 60-17 relative à l’organisation de la formation continue a permis d’élargir le champ des bénéficiaires aux travailleurs non-salariés et aux personnes ayant perdu leur emploi. Elle a également introduit des mécanismes comme le crédit temps formation et la validation des acquis de l’expérience professionnelle.

Moins de 0,5 % des entreprises cotisantes bénéficiaires

Malgré ces avancées, le CESE relève un recours très limité aux dispositifs existants. En 2022, seules 1.647 entreprises ont bénéficié des contrats spéciaux de formation (CSF), sur près de 315.000 entreprises cotisantes, soit moins de 0,5 %.

Les travailleurs indépendants et non-salariés restent largement exclus du dispositif, celui-ci demeurant conditionné à l’affiliation à la CNSS. Le Conseil souligne aussi la faiblesse de la reconnaissance des compétences acquises par l’expérience : depuis 2008, seules 1.488 personnes ont été certifiées, alors que près de la moitié de la population active occupée ne dispose d’aucun diplôme.

Des procédures complexes et une offre concentrée

Pour le CESE, ces limites tiennent à plusieurs facteurs : un cadre juridique encore inabouti faute de textes d’application, des mécanismes de financement qui ne couvrent pas l’ensemble des actifs, des procédures d’accès complexes et des délais de remboursement qui pèsent sur la trésorerie des TPME.

L’offre de formation qualifiée reste également concentrée géographiquement. Le Conseil fait état de 82 organismes agréés et 327 experts, majoritairement localisés à Casablanca, une situation qui accentue les disparités territoriales et pénalise les entreprises situées en dehors des grands pôles économiques.

Une instance nationale indépendante proposée

Le CESE recommande de faire de la formation continue un droit pour les salariés et l’ensemble des travailleur-se-s, une responsabilité partagée entre l’État et l’employeur, ainsi qu’une exigence dans les secteurs stratégiques.

Il propose d’accélérer la révision de la loi n° 60-17 afin d’ériger la structure administrative permanente prévue par cette loi en instance dédiée à la formation continue et à la valorisation des expériences et des compétences, indépendante de l’OFPPT. Cette instance aurait une composition tripartite équilibrée entre pouvoirs publics, employeurs et partenaires sociaux, avec des relais régionaux.

Un fonds dédié et une plateforme nationale

Parmi ses recommandations, le CESE appelle à garantir l’affectation effective de 30 % de la taxe de formation professionnelle (TFP) au financement de la formation continue, à travers la création d’un fonds dédié.

Le Conseil préconise également le déploiement d’une plateforme numérique nationale intégrée, couvrant l’ensemble du cycle de vie des actions de formation. Objectif : simplifier les procédures administratives, réduire les délais de remboursement et produire des données harmonisées pour le suivi et l’évaluation de cette politique publique.

Le CESE recommande en outre la prise en charge intégrale des coûts de formation pour les TPE, la certification des centres de formation, la mise en œuvre d’un référentiel national de validation des acquis de l’expérience, l’association des régions à l’ingénierie de la formation continue, ainsi que le renforcement du rôle des Groupements interprofessionnels d’aide au conseil (GIAC).

Source : CESE.