New York – Ihata avec AFP
La plateforme d’intelligence artificielle (IA) Hugging Face, que le géant américain des puces informatiques Nvidia va racheter pour 12,9 milliards de dollars, est une réussite française, créée par trois Français et incubée à Paris, même si son siège et beaucoup de ses investisseurs sont américains.
Un nom inspiré d’un émoji
Le nom intriguant de l’entreprise est inspiré par un émoji, souriant et les mains ouvertes pour incarner la chaleur humaine.
Hugging Face est né de la rencontre, en 2011, de Clément Delangue, entrepreneur en série depuis l’adolescence, et Julien Chaumond, polytechnicien et diplômé de Stanford en informatique.
Ils ont été rapidement rejoints par un autre polytechnicien, Thomas Wolf, touche-à-tout de génie, à la fois docteur en physique quantique et avocat en propriété intellectuelle.
De New York à Station F
Les trois compères fondent Hugging Face à New York, où vit déjà Clément Delangue, avec l’idée de développer une interface d’IA conversationnelle, sorte d’ancêtre de ChatGPT, prioritairement à destination des adolescents.
Entre-temps, l’entreprise a intégré Station F, l’immense incubateur de start-ups technologiques logé dans la halle Freyssinet à Paris.
Hugging Face décide finalement de pivoter vers un modèle B2B, à destination des professionnels et des entreprises, centré autour de l’accès aux modèles d’IA.
La bibliothèque mondiale de référence
Confidentielle à ses débuts, la plateforme connaît un gros coup d’accélérateur avec le lancement de ChatGPT et l’avènement de l’IA dite générative, capable de répondre à des demandes en langage courant.
Elle va devenir la bibliothèque de référence mondiale de l’IA, avec aujourd’hui plus de deux millions de modèles en stock et 18 millions d’utilisateurs.
Les fondateurs présentent leur site comme un vecteur d’accès à l’IA pour le plus grand nombre, avec en tête les modèles dits ouverts (« open-source » et « open-weight »), c’est-à-dire téléchargeables et utilisables gratuitement, mais aussi modifiables.
Une alternative aux modèles fermés
Ces modèles ouverts diffèrent des modèles dits fermés, comme la plupart de ceux proposés par les fleurons de l’IA, OpenAI, Anthropic ou Google.
La décentralisation de l’intelligence artificielle « est beaucoup plus intéressante pour la société et pour l’humanité de manière générale », expliquait Thomas Wolf à l’AFP en 2024.
Les revenus de la start-up sont principalement générés par ses services de stockage de données, de location de puissance de calcul pour faire tourner les modèles d’IA et d’interfaces de gestion de l’IA.
Une indépendance longtemps défendue
Jaloux de son indépendance, Hugging Face a longtemps refusé plusieurs prises de participation et offres d’acquisition, avant de s’entendre avec Nvidia, choisi pour son engagement à développer l’écosystème « open ».
Si des investisseurs français ont participé à plusieurs levées de fonds, les plus gros apports au capital sont venus de fonds, acteurs ou particuliers américains, du fonds new-yorkais Lux Capital au basketteur professionnel Kevin Durant.
Une alerte sur les capitaux européens
Avant l’annonce officielle du rachat, le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, s’était inquiété mardi de prises de contrôle américaines de start-ups d’ancrage français et européen.
« Si nous ne mettons pas assez de capitaux en Europe pour faire franchir des étapes à nos champions, ils iront les chercher ailleurs », a-t-il mis en garde.
Des liens conservés avec la France
Malgré cette coloration américaine, Hugging Face a gardé des liens forts avec la France. « Une bonne partie de l’équipe est française », a expliqué mercredi Clément Delangue lors d’un point de presse téléphonique.
L’entreprise a notamment organisé plusieurs événements et mis sur pied plusieurs partenariats avec Station F, rappelle Roxanne Varza, directrice de l’incubateur tech.
L’acquisition « va générer de vrais effets positifs pour l’écosystème européen de la tech », a anticipé Clément Delangue, évoquant le réinvestissement possible du produit de la vente par les actionnaires français d’Hugging Face.
« Nous aurons aussi une chance d’amener Nvidia à investir plus qu’ils ne l’ont déjà fait en Europe et en France », a-t-il ajouté.
